|  Carte du marais mouillé et du marais désséché. Cliquez sur l'image pour la voir agrandie Le terme « marais desséché » ne signifie pas qu'il n'y a plus d'eau mais qu’il n'est plus inondable, au contraire du « marais mouillé » qui l'est.
[1] Il ne peut y avoir de marais desséché sans marais mouillé. En effet,
ce dernier agit comme une éponge qui permet de réguler l'apport d'eau
en provenance du bassin versant. Les eaux d'inondations s'y épandent, ce qui protège le marais desséché des crues. Autrefois composé de vastes espaces de prairies, le marais desséché a été gagné au cours du XXe siècle par les cultures intensives (céréales, maïs, tournesol...).
Le marais desséché est en fait un polder. Il est cerné de digues qui le protègent à la fois de la mer et de l'eau du bassin versant. L'eau est évacuée au moyen de portes à flot (ou portes à la mer) qui laissent partir l'eau à marée basse. À marée haute, la pression de la mer ferme les portes et empêche l'eau salée de refluer dans les cultures. Durant la saison sèche, les portes à flot sont fermées, afin de garder l'eau nécessaire à l'irrigation naturelle par le sol.
Le marais mouillé étant tributaire des inondations, c'est ce qui explique que s'y soient développées des cultures de cycle court, comme celle des mojettes (haricots blancs) dont le cycle est de trois mois, ce qui correspond à la période hors risque d'inondation. L'élevage a longtemps été l'activité principale des marais mouillés, où se sont développées des coopératives
laitières. La déprise agricole se traduit actuellement par un entretien
insuffisant des fossés qui bordent les terrains. En certains lieux, les
propriétaires ont tendance à réunir leurs parcelles contiguës pour n'en
former qu'une seule. La conséquence conjuguée d'un tel remembrement et
d'un manque d'entretien aboutit à une moindre efficacité du marais
mouillé qui assure de moins en moins bien ses rôles d'éponge, de
régulateur et de filtre épurant les eaux.
Depuis les années 1980, le contexte d'intensification des
productions s'est traduit dans l'ensemble du marais par des tentatives
d'introduction du maïs,
mais les contraintes liées au régime des eaux (inondations de printemps
et/ou d'automne) ont fait que cette culture n'y a pas produit les
résultats escomptés et cette culture sera probablement (et heureusement !) abandonnée dès que les subventions de la PAC (Politique Agricole Commune) seront retirées. Elle s'est par contre beaucoup développé sur les
coteaux calcaires avoisinant le marais, avec en corollaire la mise en
place de pratiques d'irrigation.
Il peut même arriver, à certaines époques et dans certains endroits du
marais, de voir l'eau remonter vers l'amont, car c'est la rivière qui
se jette dans la nappe phréatique...
 Le marais mouillé l'été |  Le marais mouillé l'hiver |
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|  Le marais désséché Depuis l'origine, un conflit existe entre les agriculteurs des
marais mouillé et desséché. Ceux du marais desséché ont hérité de
prérogatives sur la gestion des vannes. En période de sécheresse, ils irriguent leurs terres avec l'eau stockée par les marais mouillés, mettant en péril les cultures et l’élevage
dans ces marais. Ce phénomène, bien qu'ancien, est encore accentué de
nos jours par la culture intensive du maïs, qui est une culture d’été
dans la région. La culture du maïs au cœur même du marais a incité les
gestionnaires à évacuer le plus possible d'eau pendant la saison humide
pour éviter les inondations qui auraient compromis les semailles,
privant ainsi le marais de son rôle d'éponge (il stocke l'eau pour la
restituer à la saison sèche). Un autre phénomène découle directement
des effets conjugués des sécheresses et de la gestion de l'eau : le
manque d'eau réduit fortement les débits des fleuves du Marais Poitevin
(la Sèvre Niortaise et le Lay),
ce qui a pour conséquence l'accélération dramatique d'un phénomène
naturel, l'envasement. L'envasement a augmenté aussi par suite de
l'abandon du curage. Cela compromet fortement tout un pan de l'économie
littorale du Marais Poitevin, la conchyliculture,
et de nombreux conflits d'intérêts naissent entre les exploitants
agricoles et les ostréiculteurs et mytiliculteurs de la Baie de
l'Aiguillon. La relance de programmes d'entretien du marais est en
cours.
Le Marais Poitevin est un milieu fragile, artificiel, en grande
partie dessiné par l'homme, mais soumis à la loi de l'hydraulique.
Alimenté en eau douce
par les fleuves et ruisseaux côtiers des bassins versants de la Sèvre
Niortaise, de la Vendée et du Lay, ce milieu est perpétuellement en
équilibre instable. Le marais n'est pas un espace linéaire, il n'est
même pas une juxtaposition de cours d'eau, il est un organisme
complexe, tridimensionnel, dont les canaux sont comme les vaisseaux
sanguins du corps humain. Modifiez la pression artérielle, c'est votre
organisme qui s'effondre, supprimez les digues de protection à la mer,
vous obtiendrez un effet de marnage qui inondera tout à marée haute et
asséchera les canaux à marée basse.
Le maintien du milieu est le résultat d'un subtil équilibre de
gestion de l'eau douce: il faut évacuer le trop plein en temps de crue
(ce qui n'est possible qu'à marée basse) et garder de l'eau en période
d'étiage. Selon les années, en cas d'étiage sévère, il peut arriver que
les ouvrages qui gèrent l'estuaire demeurent fermés plusieurs mois
d'affilée.
Depuis les années soixante, le marais a eu du mal à trouver un
équilibre satisfaisant entre la fin d'une agriculture vivrière
traditionnelle , le développement du tourisme et une agriculture
industrielle qui n'était pas faite pour lui. Aujourd'hui, il semble qu'on s'approche d'un équilibre raisonnable,
entre tradition et modernité, qui va redonner vie au marais ; je m'en
réjouis, bien entendu!
[1] La grande tempête de la nuit du 27 au 28 février 2010 n'a fait que très peu de dégâts dans le marais mouillé. Par
contre, la conjugaison du vent, d'un fort coefficient de marée et de la
rupture de certaines digues a été dramatique sur la côte. De quoi nous
rappeler encore que nous ne pouvons tout maîtriser et nous inviter à
plus de prudence pour l'implantation des habitations. |